Formation

Voilà un aperçu des différentes expériences que j’ai vécues ces dernières années. Des expériences portées par la peinture et comme tout chercheur l’envie de les partager.
Certaines choses vous habitent et vous poussent dans un élan de vie, sans connaître réellement de quoi elles sont faites, ni le moment de la rencontre. C’est le cas pour moi de la peinture… Ainsi, je me suis orientée dès le lycée vers des études artistiques. Ensuite se sont succédées différentes écoles qui n’ont fait qu’alimenter le désir de progresser dans ce domaine.

L’ATELIER DE SEVRES
(atelier préparatoire) m’a ouvert une large palette graphique et picturale. Les exercices traités m’ont porté jusqu’à aujourd’hui où à mon tour, je les suggère à mes élèves. J’ai abordé plus profondément les volumes, l’espace, les couleurs, et ma créativité s’est alimentée de ces bases techniques, capitales au développement de celle-ci.
En prévision d’un BTS j’ai fait une année de mise à niveau à l’école ESTIENNE. La démarche était ici plus graphique plus illustrative. Au fur et à mesure que j’avançais dans l’esprit de cette école, je sentais l’envie de travailler davantage la matière, la peinture.
C’est le textile (l’impression textile) qui me permettra d’ouvrir cette voix picturale à l’école OLIVIER DE SERRES ou j’ai passé mon B.T.S.
Ici, on travaillait la composition, les textures. L’expérience de la peinture avait pour finalité une application textile : on dessine et on peint des natures mortes, on crée des ambiances, des dominantes, on apprend l’histoire du textile. Ce fut pour moi deux années d’ouverture vers le dessin, les couleurs et vers mon propre langage plastique qui s’affirmera peu à peu.
Un stage de fin d’année m’a permis de travailler en bureau de style et de mener à terme un projet textile.
Et puis, comme si l’application textile ne me suffisait pas et qu’il me fallait ouvrir quelque chose de plus « intime », j’ai postulé pour l’école des BEAUX – ARTS de paris.
Je suis entrée dans cet établissement en 1996 et j’ai obtenu mon diplôme en juin 2000.
Fini les exercices guidés et les arts appliqués. Je souhaitais vivement faire l’expérience de cette école pour la peinture et pour la liberté qu’elle suscite.

Les BEAUX-ARTS étaient présentés comme un outil de travail, à la carte. Les cours tant théoriques que pratiques étaient d’une grande richesse et un certain nombre d’UV était à obtenir en fin de cursus. Là, j’ai étudié la morphologie, le dessin, la gravure, le modelage.
J’ai suivi des cours théoriques avec d’excellents professeurs, mais l’essentiel de mon apprentissage c’est fait avec les autres étudiants au milieu d’autres peintres. La diversité d’expression, les thèmes abordés en fonction du libre arbitre de chacun, ont alimenté ma sensibilité artistique.
Nous avions tous quelque chose à dire, quelque chose qui relevait d’un inconscient collectif, de simplement humain et d’essentiel. Il fallait lui donner corps par la surface blanche qu’est la toile : il fallait creuser.

D’origine espagnole, je voulais retrouver cette culture au fond si familière et résonnant comme nécessaire à l’évolution de mon travail. J’ai eu la chance d’obtenir une bourse ERASMUS dans le cadre de mes études. Je suis donc partie 3 mois à VALENCE en Espagne où j’ai rejoins le groupe d’étudiant des beaux-arts de cette ville : d’autres horizons, un autre esprit, une source pour ma peinture. Le travail de la lumière sur mes toiles a changé : plus brute, plus contrastée. Les couleurs ont alors fait leurs gammes, et de retour à paris il s’était sensiblement passé quelque chose.
Intimement liée à la peinture, la musique a largement contribué à ma démarche de plasticienne. Le chant m’a toujours porté dans l’expression et le ressenti. Dix ans de travail collectif au sein d’un groupe de musiciens et des productions sur scène ont contribué à ma créativité picturale. Mes textes et ma peinture se répondent et évoluent en même temps avec une évidente synchronisation.

En fin de cycle aux BEAUX-ARTS, j’ai présenté au diplôme une vingtaine de toiles appuyée par un discours qui soulignait mon expérience : ce qui s’était passé avant, pendant les BEAUX-ARTS et vers où je vais aujourd’hui.

DÉMARCHE ARTISTIQUE…
L’envie de peindre des portraits, des corps, des « pensées »a commencé à l’école des BEAUX- ARTS, ou peut- être déjà en textile. Travailler le vêtement a été une première approche plastique avec le corps, mais derrière il y a l’homme et le portrait intime.
Je me souviens d’un projet personnel ou je travaillais sur le monde intérieur biologique de l’homme. Je cherchais différents moyens d’expressions pour parler des cellules, des nerfs, des réseaux de la peau afin de proposer un motif textile. Dans un premier temps c’était l’aspect physique du corps qui m’intéressait. Les cours de modèles vivants alimentaient cette envie de traduire l’enveloppe corporelle. D’autre part, je peignais sur mon corps pour en faire des traces ou je m’enroulais dans des filets, comme un cocon, pour parler de la peau, des torsions. Je trouvais le corps fascinant, et assez rapidement j’ai eu envie de dépeindre l’intime : comprendre l’intérieur pour traduire l’extérieur.

Le collage et le corps

En entrant aux BEAUX- ARTS, je partais de dessins de models vivants pour en faire des peintures. J’avais très peu expérimenté le collage en textile et je l’ai utilisé dés mon entrée dans l’établissement. Il se prêtait bien au traitement du corps : la couche, le revêtement, le morceau. Je cadrais très serré mes peintures comme pour me rapprocher de mes sujets.
Ainsi mes compositions représentaient des corps de plus en plus abstraits ou seul un élément (un œil, une main) éclairait le sujet. Cette limite entre l’abstraction et la figuration portera mon travail jusqu’à aujourd’hui.

Les portraits

Par la suite je me suis plus intéressée au portrait : le visage, l’expression. Les cadrages toujours serrés, en hors champs, témoignaient de scènes de vie entre deux, trois individus, et du rapport entre eux. Des visages presque abstraits, en taches, composaient mes toiles.
Je peins vite, en urgence.
Le voyage en Espagne commence à ce moment là et je continue mes portraits, à Valence, avec la même dynamique.
Quelques vues de villes pour la lumière espagnole, et très vite « les gueules » prennent le dessus. Une exposition à Paris sur le thème de l’Espagne témoigne de ce voyage (galerie l’OEIL DU HUIT).

Les chiens

De retour à Paris, le portrait m’intéresse dans ce qu’il y a de plus intime. Comment traduire le sublime et l’abject de l’homme ? Là commence l’aventure avec les chiens. J’ai peins trois grandes scènes : la cène pour le sublime et les chiens, à table, pour l’abject.
Des chiens qui révélaient l’animalité de l’être humain, l’instinct primitif. Des chiens humanisés ou des humains animalisés ont fait l’objet d’une série de portraits.
En sortant des BEAUX-ARTS je présente mes toiles à un marché d’art contemporain à Bruxelles, et ensuite à l’espace Austerlitz à Paris. Parmi les exposants je rencontre Jérôme MESNAGER, peintre de rue, célèbre pour ses bonhommes blancs. Une histoire d’amitié était née et Jérôme me proposa de peindre à Montreuil avec d’autres artistes (NEMO, Dominique FURY, Philippe WATY). Cela fait trois ans aujourd’hui que je partage son espace de travail. Travailler en collectif est une expérience très enrichissante. J’ai participé également à une mise aux enchères aux Galeries Lafayette à Paris en octobre 2000. Maître Pierre CORNETTE DE SAINT CYR assurait cette vente. J’y ai présenté mes peintures de chiens et d’autres petites toiles sur bois sur les portraits, les attitudes.
Lors de cet événement j’ai rencontré d’autres artistes et notamment ceux du « squatte » de Rivoli.

Les mémoires
Les portes ouvertes de Montreuil ont permis régulièrement une visite publique de l’atelier et des échanges avec d’autres artistes. Ma peinture continuait d’évoluer avec ma musique : elle fait ses gammes et je peins sur CD. Du corps, je suis passée aux silhouettes, aux files d’attente : les corps se multiplient, je m’attarde moins aux portraits mais aux attitudes de l’homme. Les corps saturent mes toiles, ils se suivent les uns les autres, ils se parlent se répondent. L’association DISTILLED m’a permis d’exposer mes toiles à Paris dans une galerie, puis sur Internet. Puis, c’est la notion de mémoire qui viendra s’imbriquer dans mon travail. Suite à ces successions de silhouettes je me suis orientée vers l’empilement, l’accumulation. 2001, une série de bibliothèques traitées de façon abstraite m’a permis de transposer l’idée de mémoire sur mes toiles. J’ai donc appelé ces peintures : mémoire de Mademoiselle X, mémoire de Monsieur Y etc. J’avais quitté le corps physique pour peindre l’homme autrement qu’avec un visage, un corps.

Les têtards

Une promenade en forêt m’amena à observer une mare à têtards. J’étais sur l’empilement, la tâche, le mouvement et surtout l’homme. L’esthétique et la simplicité de ces petites taches noires m’ont immédiatement séduite. La référence à la procréation de l’homme était évidente. Ma façon de peindre, rapide, spontanée, me permettait d’être en adéquation avec le sujet : une tache pour le corps des têtards, une traîné fine et mourante pour la queue. Une série de toiles a découlé de ce thème.
C’est à la Sound Galery en mai 2002, sur le canal Saint-Martin, que j’ai exposé cette aventure :

« … échappée de têtards du canal saint Martin
600 000 c’est le nombre de petites virgules « tétardues »
qui ont changé de bord.
Direction écervelée dans ma petite tête !
Inspiration, tourbillon, il dansent, s’arrêtent, discutent :
Le rebelle se rebelle
L’authentique s’authentique
Le fou s’en fou
Le sage s’arrange
Le vicieux s’y glisse
Le timide s’inhibe
Le grincheux s’y meut
Le dormeur y meurt
Le simplet s’y plait
Petites familles à la tache se glissent sur des nénuphars de tissus tendus sur châssis. En attendant les grenouilles, les crapauds et les princes charmants, c’est bien de l’homme dont je parle ; mais tu connais la chanson, souviens-toi ! ! ! !
Il était une fois … »

Cécile Vilasèque
(texte tiré de l’affiche de cette exposition)

Histoires d’eau

Travaillant dans l’atelier de Jérôme, nous avons décidé de faire une exposition ensemble sur le thème de l’eau.
« Histoire d’eau » était le titre de notre exposition en avril 2003. Elle se situait à la maison des artistes de Charenton. Le lieu, immense, proposait une architecture particulière. Une mezzanine et un mur de 10 m de hauteur nous ont amené à peindre une toile de 8m sur 2m. Nous y avons travaillé ensemble, puis d’autres toiles plus petites ont été travaillées séparément. Nous avons présenté une cinquantaine de tableaux. Les toiles ont été peintes en même temps ou en alternance. Les têtards y été encore présents.
Orientant notre démarche sur l’aspect de l’eau en surface ou en profondeur, les toiles se sont révélées très abstraites. Quelques poissons ont ponctué l’ensemble. Nous avons décidé de peindre l’eau en la laissant travailler d’elle-même sur la toile, puis nous sommes intervenus partiellement au pinceau. Cette exposition a mis en avant une énergie commune partagée à l’atelier dans un même esprit de spontanéité et d’élan.
Depuis, j’ai travaillé une série de portraits posant essentiellement la problématique du fond et de la forme. La fragmentation de l’espace sous forme de petites touches carrés renvoie à une lecture « pixellisée », une forme d’impressionnisme revisité aujourd’hui.
Les paysages, présents également, sont traités de la même façon et l’eau y est toujours présente. Le « double » que le reflet suscite me permet une plus grande fragmentation de l’espace.
L’expérience, voilà un mot que j’ai à cœur d’employer, et qui a porté ma peinture.
Partager un regard, témoigner d’un moment de vie, n’en retenir que l’essence, et cela de façon singulière et personnelle : voilà une manière de donner corps au temps. Le temps du ressenti, qui, une fois posé sur la toile, vit en soi et ne nous appartient déjà plus. Mais nous a t’il déjà appartenu un jour ?

La vie passe, je suis un filtre, et j’en fais des couleurs….
Qu’il en soit ainsi pour chacun d’entre nous,
Pour le plaisir…

Cécile Vilasèque